Georgio,du rap à la prose

Georgio

Georgio détonne sur la scène du rap français. Ses textes, ses prods, ses références font de lui un rappeur inclassable, à la croisée des chemins entre le hip-hop et la pop, à l’angle du flow et de la prose mais toujours sur le route de la mélancolie. Brisant progressivement les codes du rap, Georgio a mué au fil de ses albums pour devenir ce rappeur mélodique qui se raconte sans détour et qui touche droit au cœur. Portrait.

Un enfant de la 75e session

Georges Édouard Nicolo voit le jour le 21 janvier 1993 aux Lilas en Seine-Saint-Denis. Il est le fils d’un producteur audiovisuel et d’une mère sophro-psychologue. Après les Lilas et Angers, où il passera quelques années, c’est dans le quartier de Max Dormoy à l’est du XVIIIe arrondissement de Paris que Georges fait son trou.

Ado, il n’est pas vraiment taillé pour les bancs de l’école. Lui se rêve basketteur ou commentateur de NBA. Pourtant, à 14 ans, c’est le rap qui va s’imposer à lui. Ce sont les années 2000, et les mauvaises langues disent le rap tricolore mort. Pourtant la scène foisonne de jeunes talents issus, pour beaucoup, de l’Est Parisien. Jazzy Bazz, Alpha One, Deen Burbigo et Nekfeu en tête, c’est la grande époque de la 75e session.

 

Un rappeur authentique

C’est de cette scène et de cette émulation que va naître Georgio. Il fera sa première apparition – pas complètement – publique, sur la chaîne de freestyle anonyme Jane Doe. Très vite, il sort sa première mixtape Une nuit blanche pour des idées noires, constituée de 10 morceaux enregistrés de ses 16 à ses 19 ans. Il enchaîne ensuite les projets, dont le remarqué Mon Prisme, mais aussi les featurings avec les plus gros rappeurs du moment comme Vald, Lomepal ou Alpha Wann. Il faudra attendre 2013 pour que Georgio sorte son premier album Soleil d’Hiver, plus abouti mais surtout plus personnel.

En s’écartant des featurings, Georgio se rapproche de son public. Ses textes sont plus personnels, plus intimes et son flow devient plus singulier. Avec Bleu Noir, en 2015 l’homme derrière l’artiste se dévoile encore un peu plus. Sans fard, il rap sa dépression, ses histoires d’amour, son rapport au temps qui passe et à celui qui n’est plus. C’est l’année qui suit avec Héra, que le jeune MC va définitivement poser sa pierre à l’édifice et gagner le cœur du grand public. Véritable succès populaire et critique, Héra est plus mélodieux presque symphonique. Georgio aime chanter et il le montre. L’album dévoile aussi son goût pour la littérature et la poésie de Svetlana à Maïakovski.

 

Un artiste singulier

À aujourd’hui 31 ans, Georgio vient de sortir son dernier album Années Sauvages, toujours plus intime, toujours plus mélancolique. Enregistré aux Etats-Unis, ce nouvel opus parle de dualité, celle de la vie et de la mort, de l’amour et de la haine, de la jeunesse et de l’âge adulte. C’est un album où Georgio rap son spleen mais chante aussi ses espoirs. Celui qui confie que le rap lui a sauvé la vie semble doucement s’en émanciper pour proposer un son toujours plus unique.

 

Camille Poher.